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EGLISE EN HAITI

 

Le Père Paulin Innocent est en formation à la communauté du noviciat spiritain européen, à Chevilly-Larue près de Paris. Haïtien, il se prépare à devenir le maître des novices des Spiritains en Haïti. Il a aimablement accepté de présenter quelques réflexions sur la vie de l’Eglise dans son pays au cours des trente dernières années.

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L’Eglise catholique a toujours eu un rôle important et actif. Nous allons en parler à partir de 1969, car cette date marque une étape importante dans l’histoire de l’Eglise d’Haïti en général et dans celle des Spiritains en particulier. Duvalier a toujours donné l’impression de promouvoir un clergé indigène en Haïti, ce qui aurait été louable, mais ce qui en réalité l’avait intéressé, c’était de vassaliser l’Eglise. Il l’a réussi un peu en embarquant certains prêtres dans son mouvement, et d’autres plus avisés qui ne voulaient pas emboîter le pas étaient persécutés, poursuivis ou exilés. Les Spiritains en 1969, par un geste de clémence, disait son ministre des cultes, entraient dans cette dernière catégorie.

Dans les années 80, à la faveur des idées de la théologie de la libération, et aussi à la suite du fameux cri lancé par le feu pape Jean-Paul II lors de sa visite à Port-au-Prince le 9 mars 83, l’Eglise retrouvait son souffle et sentait l’urgente nécessité d’accompagner le peuple haïtien dans sa longue marche d’émancipation. Le départ de Duvalier fils en 1986 a été vraiment ressenti comme une libération du peuple et de l’Eglise. On en a fini avec la dictature ! L’Eglise officielle va être immédiatement discréditée, car elle s’est ralliée aux gouvernements de transition. Mais à la base, le petit peuple vit avec son Eglise et nous pouvons signaler le rôle actif de la Conférence Haïtienne des Religieux. Elle a gardé un souffle prophétique tout au long des changements de régimes, même si aujourd’hui elle est un peu plus réservée.

 

En 1990, le Père Aristide remportait largement les élections présidentielles pour avoir été l’un de ceux qui n’a jamais cessé de dénoncer les réalités de corruption. En fait, il est appuyé par de nombreux prêtres dont les Spiritains ; appuyé aussi par les T.K.L. (Ti Kominote Legliz). Ces communautés puisent aux expériences de la théologie de la libération et y trouvent leur inspiration. Le coup d’état de 1991 renverse Aristide et l’oblige à l’exil aux Etats-Unis. Tout ce qui a été mis en place tombe, avec complicité ou indifférence des responsables de l’Eglise.

 

En 1994, c’est le retour d’Aristide. Mais il se produit un clivage important avec l’influence de certains meneurs des TKL qui deviennent des activistes politiques un peu servilement. C’est l’apparition des TKL à nouveau visage : Ti Kominote Lavalas ou TFL Ti Fanmyi Lavalas. Lavalas, c’est l’image de la crue et de l’inondation pour le changement.

En 1996-2001, sous le gouvernement de Préval, l’Eglise se trouve déjà très affaiblie, avec d’une part une bonne partie de TKL politisée et des prêtres qui font de la politique , l’Eglise officielle qui fait des déclarations certes mais sans grande influence, et d’autre part le petit peuple qui attend.

 

 

En 2001, avec le retour d’Aristide au pouvoir sur fond de crise interminable, l’Eglise n’a pas été épargnée. Elle a été à l’image du pays, morcelée et parfois vivement critiquée pour sa passivité, ses positions ambiguës et aussi pour avoir produit quelqu’un comme Aristide.     

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