RÉPONSE À VOS QUESTIONS

 

Prier pour les autres

Dans l’une de vos lettres, Solange, vous écrivez : « Je demande si c’est vrai que prier pour les autres efface une multitude de péchés » ? Vous aviez lu cette phrase dans un livre de spiritualité… En fait, cette affirmation s’inspire d’une autre citation de saint Pierre dans son épitre (1 P 4,8) « L’amour couvre une multitude de péchés. »


R/: Prier pour les autres peut avoir mauvaise presse, cela peut être une façon d’éviter de s’engager concrètement. Saint Jacques écrit dans son épître (2, 15-16) : « Si un frère ou une sœur n’ont rien à se mettre et pas de quoi manger tous les jours, et que l’un de vous leur dise : “Allez en paix, mettez-vous au chaud et bon appétit, sans que vous leur donniez de quoi subsister, à quoi bon ?” On pourrait dire aussi : “Je prierai pour vous […]” » et ainsi s’en tirer à bon compte. Mais, plus loin, saint Jacques affirme : « La requête du juste agit avec beaucoup de force. » Solidarité avec les frères Ce qui me conduit à prier pour les autres, c’est la compassion que je ressens pour leurs souffrances. Je dis bien « compassion », et non pas « pitié ». La pitié, c’est regarder l’autre d’en haut, alors on fait une aumône en passant pour soulager sa conscience. La compassion, comme son nom l’indique, c’est « souffrir avec », c’est se sentir frère de celui ou de celle qui est dans l’épreuve. « Ainsi, saint François d’Assise, dans son baiser au lépreux, montre que l’amour, la compassion, le remuement des entrailles provoqué par la souffrance de l’autre est possible » (S’ouvrir à la compassion, Thierry Collaud, p. 40). Le fondement de cette compassion, de cette possibilité de souffrir avec, vient de notre solidarité de membre du même corps du Christ : « Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance » (1 Cor 12, 26). La prière d’intercession La Bible nous donne l’exemple de plusieurs intercesseurs qui ont prié pour les autres : Abraham, priant pour les habitants de Sodome (Gn 18, 16-33), Moïse, priant pour son peuple qui a fauté avec le veau d’or (Ex 32, 11-14) et, enfin, Jésus, intercédant pour tous les hommes (He 7, 22-25 ; 10, 5-10). L’Église a continué ce rôle d’intercession. Nous le voyons dans la prière universelle, à chaque messe dominicale, après le credo, on évoque ceux qui sont engagés dans l’Église et la société, ceux qui sont dans l’épreuve, les pécheurs, etc. Cette prière officielle de l’Église est solennisée le Vendredi saint, après la lecture de la Passion du Christ. Prier pour ses ennemis Dans la loi nouvelle que le Christ nous donne, on lit : « Aimez vos ennemis… bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient » (Lc 6, 27-28). Il semble impossible d’aimer un ennemi qui est en train de nous frapper. Humainement, on ne peut lui pardonner. Mais ce qui est toujours possible, c’est de prier pour lui. Ainsi, sur la croix, Jésus n’a pas dit aux soldats qui le clouaient et à la foule qui l’insultait : « Je vous pardonne », mais il a prié son Père pour leur pardonner : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Étienne, le premier martyr, aura la même prière pour ceux qui sont en train de le lapider : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché ! » (Ac 7, 59). Victime des nazis en 1945, le pasteur Bonhoeffer : « Quand je prie pour un frère, je ne peux plus, en dépit de toutes les misères qu’il peut me faire, le condamner ou le haïr. Si odieux et si insupportable que me soit son visage, il prend au cours de l’intercession, l’aspect de frère pour lequel le Christ est mort, l’aspect du pécheur gracié. Quelle découverte apaisante pour les chrétiens que l’intercession : il n’existe plus d’antipathie, de tension ou de désaccord personnel dont, pour autant qu’il dépend de nous, nous ne puissions triompher. » Conclusion Alors, prier, est-ce « se dérober à une action d’aide ? » La prière pour autrui, change notre regard et notre cœur, c’est voir ce frère ou cette sœur avec le regard du Christ compatissant. L’épreuve ou la tentation qu’il subit deviennent à ce point notre préoccupation que tôt ou tard, nous allons trouver l’occasion d’agir et de nous engager. Non, la prière n’est pas une fuite devant la misère des autres, elle est le chemin d’un amour authentique, l’amour même de Dieu qui vient nous habiter. Alors oui, indirectement, la prière conduit à la charité et peut contribuer à couvrir une multitude de péchés.
                                                    P. Bernard  Boulanger

Pourquoi le péché contre l’Esprit Saint
ne peut-il être pardonné ?

Simone nous pose une question délicate :
« qu’est-ce que ce « péché contre le Saint Esprit »
qui ne sera jamais pardonné ?
Le Saint Esprit, on ne le connaît pas bien.
Il est amour et vie ; il intrigue et il effraie !
 

Ces paroles de Jésus auxquelles vous faites allusion, Simone, sont dans l’Evangile de Mathieu : « Tout péché et blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit
ne sera pas pardonné.
Et si quelqu’un dit une parole contre le Fils de l’Homme, cela lui sera remis, mais s’il parle contre l’Esprit-Saint,
cela ne sera remis, ni en ce monde, ni dans l’autre »
(Mt 12, 31-32).
     Oui, nous pouvons être intrigués par ces versets : comment Dieu, qui est miséricorde, peut-il dans certains cas ne pas pardonner ? Et pourtant, saint Paul écrit aux romains : « Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rom 5, 20). Jésus ne dit-il pas qu’il est venu « non pour les justes mais pour les pécheurs » ? (Mt 9,13).
Cependant, si Dieu ne pardonne pas, est-ce à cause de son refus de pardonner ou de notre incapacité à recevoir son pardon ? Prenons un exemple dans la prière du Notre Père que Jésus a enseignée à ses apôtres et que nous récitons si souvent. Nous disons des centaines de fois : « Pardonne-nous nos péchés comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Voici le commentaire de Jésus qui suit la prière : « Oui, si vous pardonnez aux hommes, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos manquements » (Mt 7,14-15). En effet, refuser soi-même de pardonner, c’est se rendre incapable de comprendre le pardon de Dieu, et donc de le recevoir :
le courant ne passe plus,
mais c’est nous qui l’avons coupé, non pas Dieu.
Mais prenons un autre passage de l’Evangile qui précède ce fameux verset sur le péché contre l’Esprit-Saint, c’est en Mt 12, 22-24. Jésus vient de guérir un possédé aveugle et muet qui se met de nouveau à parler et à voir. La foule est dans l’admiration : « N’est-il pas le Fils de David ? » Mais les pharisiens, entendant cela, dirent : « Celui-là n’expulse les démons que par Beelzeboul, le prince des démons ! » Jésus va alors expliquer que Satan ne peut pas agir contre lui-même, ce serait sa perte… Et il en arrive à dénoncer « le blasphème contre l’Esprit-Saint » : c’est le péché des pharisiens. Jésus, par ses guérisons, donne des signes messianiques (les prophètes avaient annoncé que le messie viendrait quand les muets parleraient, que les aveugles verraient, et que les boiteux marcheraient…) La foule se demande s’il ne serait pas le messie (fils de David), mais les pharisiens, contre toute évidence, se braquent dans leur opposition à Jésus, car il remettrait en cause leurs idées et leur vie, alors ils l’accusent d’agir avec la force du démon ! C’est ce qu’on appelle « la mauvaise foi »,
contre laquelle Jésus ne peut plus rien,
car il s’adresse à des hommes libres
qui ont le pouvoir de refuser la grâce du salut.
Citons ici Maurice Zundel : « L’amour ne peut jamais contraindre, il se détruirait lui-même. L’amour est essentiellement une communication totalement libre et qui appelle à susciter la liberté… Dieu ne voulait pas créer des robots, il voulait créer des esprits, des êtres qui ne subissent pas leur vie, c'est-à-dire libres d’eux-mêmes… et le Christ, dans sa passion, exprime cet échec de Dieu qui est inévitable si l’amour ne peut qu’aimer. »
Mais, du haut de sa croix, dans cet échec apparent, Jésus demande à son Père de pardonner à ceux qui le frappent et le mettent à mort : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Car ses bourreaux ont pu se tromper de bonne foi. Restent ceux qui semblent se durcir dans leur aveuglement et leur refus de Jésus : voilà l’enfer, là où l’amour est repoussé et qui est une limite au pouvoir de Dieu. Reste aussi la question : cet enfer, qui est déjà pour certains une réalité sur cette terre,
existe-t-il dans l’au-delà ? Il est une possibilité,
mais rien n’oblige
à croire que des hommes y soient entrés,
même Judas a pu au dernier moment changer son cœur.
Mais, d’un autre côté, rien ne nous assure qu’il n’y ait pas de damnés, c’est la possibilité laissée à la liberté de l’homme. Alors, Jésus nous met en garde, comme le ferait une maman avec ses enfants devant un précipice. Ecoutons ses avertissements et laissons l’Esprit d’amour transformer nos cœurs et avec notre liberté, répondre à son amour.

P. Bernard Boulanger



Tout  est  grâce !

Voici une lettre d’une lectrice qui pose la question des difficultés de la vie et amorce une profonde réponse que je voudrais prolonger par une réflexion.
« Mes soucis de santé se sont aggravés avec une hospitalisation le mois dernier et peut-être une autre dans les jours à venir. Compte tenu des autres pathologies qui ont vu le jour, je choisis plus que jamais, de vivre cela avec le Christ. Devant la dégradation de mon état, j’ai demandé à nouveau le sacrement des malades. Après l’avoir préparé avec « le serviteur soufrant » d’Isaïe, j’ai eu la joie d’en accueillir les grâces, vie, force, vigueur et joie. Le combat contre la maladie continue et de toute façon, je suis créée pour la vie ». ( J. R. 23/11/09)
Pour nous aider à affronter l’année 2010, je vous propose un extrait d’une circulaire du Père François, fondateur de la fraternité des malades et handicapés (dont nous fêterons le 25ème anniversaire de sa mort l’an prochain, le 3-2-2011) :  « Les ‘pépins’ de l’existence, écrivait le P. François à Noël 1969, les ennuis de chaque jour, peuvent devenir des semences de vie. -J’attendais quelqu’un pour m’aider, il ne peut pas venir. - J’avais arrangé mon plan de journée, une visite imprévue et il faut tout changer. - J’allais sortir… et voilà la pluie. - La plaie se fermait, la voilà qui suppure de nouveau. »
Les  pépins peuvent être semences
Les pépins ne manquent pas tout au long de nos journées et ce sera bien souvent le cas en cette nouvelle année. On peut réagir par une attitude sombre, ‘geignarde’ qui nous enténèbre et pèse sur l’entourage. « Mais justement, dit le P. François, ne pourraient-ils pas devenir des ceps de vigne aux raisins succulents ?
Cette aide qui vous manque, vous forcera à faire tout seul l’ouvrage et vous en serez fier. Le plan de journée modifié vous conduira à faire preuve d’initiative.  Toute vie humaine digne de ce nom nous oblige sans cesse à faire face… ». Et on pourrait ajouter cette année : la crise et la pénurie vont aider l’écologie pour le respect de la nature.
Ainsi, en toute occasion, Dieu donne toujours un moyen d’utiliser les événements, en particulier les épreuves, pour rebondir, redresser la tête. Ce que l’on appelle aujourd’hui ‘la résilience’. Dans un langage théologique on dit : ‘Tout est grâce’ Tout  est donné pour notre bien si nous savons l’accueillir.
                  Les tuiles peuvent bâtir
Il y a les pépins. Il y a aussi les ‘tuiles’, les malchances, qui nous tombent dessus sans crier gare et qui peuvent avoir des répercussions importantes dans notre vie. « Ce deuil inattendu, poursuit le P. François, cette maladie qui va changer mes projets… Mais les tuiles peuvent aussi servir à la construction pour bâtir autre chose. Pensons à saint Joseph affronté au contre-temps du recensement, juste au moment où sa jeune épouse doit enfante ; ensuite c’est la naissance en catastrophe  dans une étable, et la fuite à l’étranger devant la police d’Hérode. En fait, ce sont ces ‘tuiles’ qui vont servir à bâtir l’arrivée du Fils de Dieu sur terre. »
Alors, quoiqu’il nous arrive, ‘pépins’ ou ‘tuiles’, accueillons tout comme une grâce de Dieu, pour découvrir et faire les choses merveilleuses que Dieu nous propose. Semons et construisons !  BonneAnnée !  

                                                                                                                     Bernard  Boulanger


"Confiance, ma fille, ta foi t’a sauvée"

Le secrétariat de la Revue reçoit des demandes d’allumer des veilleuses devant la statue de saint Joseph ou d’envoyer des médailles ou autres objets bénits. Nous le faisons ; mais comment pouvez-vous faire de ces démarches un acte de foi ? .
Commençons par relire l’Évangile : « Une femme atteinte d’un flux de sang depuis douze années, avait entendu parler de Jésus ; venant par-derrière dans la foule, elle toucha son manteau. Car elle se disait, “si je touche au moins ses vêtements, je serai sauvée.” Aussitôt, la source d’où elle perdait son sang fut tarie, et elle sentit dans son corps qu’elle était guérie de son infirmité. Aussitôt Jésus eut conscience de la force qui était sortie de lui, et s’étant retourné dans la foule, il demandait : Qui a touché mes vêtements ? Ses disciples lui disaient : Tu vois la foule qui te presse de tous côtés et tu demandes : Qui m’a touché ? Et il regardait autour de lui pour voir celle qui avait fait cela. Alors, la femme, toute craintive et tremblante, sachant bien ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. – Confiance, ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton infirmité » (Mc 5, 25-34).
Cette femme malade au milieu de la foule a eu accès à Jésus grâce au bout de son manteau. La guérison s’accomplit, mais Jésus réagit : il appelle la femme à dire sa foi. Il veut donc montrer que ce qui a déclenché la guérison, ce n’est pas le bout de tissu qui a été touché mais la confiance de cette femme envers lui. « Confiance, ma fille, ta foi t’a sauvée ! »
                                                  La guérison n’a pas été magique, mais elle est venue comme une réponse à la foi de cette femme. La femme est sauvée, non seulement de sa maladie, mais elle devient disciple de Jésus. À d’autres occasions, Jésus donne toujours le même enseignement. Au lépreux, revenu guéri pour rendre grâce, Jésus dit : « Relève-toi, pars, ta foi t’a sauvé » (Luc 17, 19). Il est guéri de sa lèpre et il reçoit le salut de Jésus. Par contre, Jésus est bloqué, il ne peut pas accomplir de miracles, s’il ne trouve pas la foi. En Luc 13, 58, à Nazareth, « il ne fit pas beaucoup de miracles à cause de leur manque de foi ».
Comme la femme malade au milieu de la foule, notre foi s’exprime souvent à travers des objets qui sont comme des intermédiaires pour notre prière. Ce qui est important alors, ce n’est ni la veilleuse, ni la médaille, ni tel ou tel objet bénit mais c’est notre confiance et notre prière qui l’accompagnent. J’ai trouvé ce beau texte dans une église : « Allumer un cierge, c’est un acte de dévotion. Il ne s’agit pas d’un geste magique pour obtenir telle ou telle faveur, mais d’un véritable prolongement de la prière […]. Cette flamme vacillante, toute petite, toute menue est l’emblème même de ma prière, faible, insignifiante mais tenace. Elle semble me dire : Va, va rejoindre le monde qui t’appelle. Moi, je reste, je porte ta prière, je demande à ce saint devant qui tu l’as déposée de porter ta prière devant Dieu… »
Le port d’une médaille ou d’un objet bénit a aussi toute sa valeur par la confiance et la foi de celui qui la porte. Elle l’aide à consacrer son corps et toute sa vie à Dieu par l’intermédiaire de Marie ou de saint Joseph et ainsi de trouver une sécurité, une sérénité par celui ou celle à qui il a confié sa vie. Mais, en aucun cas, ces objets ne peuvent être considérés comme des talismans qui opéreraient automatiquement. Par eux, Dieu accorde sa paix, il aide les personnes dans les problèmes de leur vie ; mais, comme pour toute prière, Dieu ne répond pas toujours à notre façon, mais à la sienne (comme le dit cette lectrice de Saint-Étienne-du-Mont). Ainsi, le port de la médaille miraculeuse n’est pas une garantie absolue contre les accidents de la route…
Dieu connaît nos besoins avant que nous les lui disions et il nous aime toujours. La prière n’agit pas sur Dieu pour qu’il fasse ceci ou cela, mais Dieu y agit sur nous pour nous transformer en son amour. En toute occasion, il a besoin de notre confiance.
P. Bernard Boulanger
(1006 - Mai 2009)